La restauration

Catherine Arnold
Responsable de la régie des œuvres au musée des Beaux-Arts
et au musée-hôtel Le Vergeur - maison Hugues Krafft
La restauration

La restauration a pour but de redonner à une œuvre son intégrité structurelle et esthétique.
Avant toute intervention le conservateur-restaurateur réalise un examen minutieux de l’œuvre et détermine les matériaux constitutifs et l’état de conservation du bien culturel ; il identifie ses altérations dans un constat d’état détaillé et évalue les causes des dégradations.

La question de l’histoire de l’œuvre et de ses conditions de conservation est très importante pour comprendre les altérations. Des recherches historiques accompagnent souvent le processus de restauration pour mieux connaître les conditions de création et de conservation.

Les altérations peuvent être d’ordre structurel : déformation de la toile en peinture, fente sur un panneau de bois, fissures sur des plâtres, avec pertes de matière, soulèvements, lacunes, déplacages, manques, … D’autres sont davantage esthétiques, comme les anciens repeints devenus discordants ou les vernis qui se sont oxydés en peinture.

Toute restauration répond à une déontologie stricte. Seuls des restaurateurs habilités peuvent travailler sur les collections des musées de France. La restauration doit respecter un certain nombre de principes éthiques comme la réversibilité des traitements, la stabilité et l’innocuité des produits employés et la lisibilité des interventions qui doivent pouvoir être décelables. Elle est toujours effectuée dans le respect de l’intégrité historique, matérielle et esthétique de l’œuvre.

Toute intervention s’accompagne de tests afin de déterminer le protocole de restauration. Pour toutes les restaurations complexes, une étude préalable est privilégiée avant de lancer l’opération proprement dite. Certaines restaurations se déroulent au Centre de Recherche et de Restauration des Musées de France et bénéficient ainsi d’un dossier scientifique : photos sous lumière UV, infrarouge, prélèvements éventuels, …

Chaque œuvre est singulière et les choix de restauration sont à chaque fois débattus et adaptés ; les problématiques sont tranchées en collaboration avec les équipes scientifiques des musées souvent au fur et à mesure des opérations et des tests.

Suivez avec nous les différentes étapes de la restauration de l’œuvre qui aura été choisie grâce au concours !

Les interventions structurelles sont primordiales pour la bonne conservation de l’œuvre : reprise des déformations, refixages, mise en tension voire rentoilage ou doublage pour renforcer les supports en toile des peintures, remise à plat pour les dessins, consolidations, collages, bouchages pour les sculptures, le mobilier ou les céramiques. Les comblements, masticages permettent de restituer la cohérence de l’œuvre.

Pose de bandes périphériques pour reprendre la tension d'une œuvre d'Arthur Guéniot Le modèle Léonard Abbruzzeze 973.1.53 par le groupement de Bertrand Bedel

Reprise des déformations d’une toile par la pose de bandes de tension périphériques © Bertrand Bedel, 2022-2023

Collage d'un meuble du Musée-Hôtel Le Vergeur par la restauratrice Morgann Fosse Danglot

Collage d’un meuble du Musée-Hôtel Le Vergeur par la restauratrice Morgann Fosse Danglot © Maryline Begat Gilson, 2022

Bouchage des lacunes d’un cadre doré par Uwe Schaefer © Catherine Arnold, 2022


Reconstitution d’un miroir brisé de la dation Fels par Elodie Abadie Berger © Catherine Arnold et Olivier Omnès, 2023

Remise en forme des parties en nacrolaque d’un lustre de la dation Fels © Olivier Omnès 2022

Avant intervention
Après intervention

Nettoyage et stabilisation des éléments métalliques corrodés sur un émail de Jacques Laudin. (© Anaïs Braja 2021)


Le traitement de la surface avec le décrassage et le nettoyage change souvent de manière significative la vision de l’œuvre. Il est souvent nécessaire en effet de retirer des anciennes restaurations qui ont mal vieilli, les vernis qui ont jauni ou les badigeons de propreté dont on a recouvert de nombreux plâtres aux 19e -20e siècles et qui engluent la matière dans une gangue épaisse faisant disparaître les détails de surface.

Œuvre en cours de décrassage de Henry Moret, L’Ile de Kerellec, par Alice Mohen. © Catherine Arnold, 2022.

Œuvre en cours de décrassage de Gustave Loiseau, Pommiers en fleurs, par Igor Kozak © Catherine Arnold, 2021.

Allégement de vernis en cours pour une œuvre d’Arthur Guéniot Le modèle Léonard Abbruzzeze par le groupement de Bertrand Bedel. © Bertrand Bedel, 2022-2023

Nettoyage d’un plâtre de René de Saint-Marceaux, Moulage d’une ébauche, tête d’homme, par application au pinceau d’un gel pelable, groupement Lucie Courtiade. © Musée des Beaux-Arts de Reims, 2021-2023.

Dégagement d’un badigeon de propreté qui se desquame sur une sculpture d’Arthur Guéniot Maîtrise laissant réapparaître les détails du pelage du chien. © Julie Maure / Groupement Lucie Courtiade, 2022.

En cours de restauration


(© Bertrand Bedel, 2022-2023)

Après restauration


(© Corentin Le Goff, 2023)

Retrait des repeints discordants pour une œuvre d’Arthur Guéniot Le défi et retouche illusionniste par le groupement de Bertrand Bedel


D’un point de vue esthétique, différentes solutions peuvent être envisagées : restitution illusionniste souvent choisie en restauration de peinture de chevalet, archéologique pour des pièces historiques en laissant visible la partie restituée sans essayer de compléter le décor, muséale pour des céramiques et ou des vitraux avec une retouche d’un ton décalé par rapport à l’original afin de laisser visible la restitution tout en permettant une bonne lisibilité de l’œuvre.
Le degré de retouche est parfois délicat à déterminer comme pour la peinture à la détrempe de François Louis Schmied Le Voyage imaginaire – L’arrivée de la caravelle, carton de tapisserie fortement marqué par des traces d’usage, des découpes dans le cadre du tissage et des mauvaises conditions de stockage. Il faut trouver le bon compromis entre le respect de l’histoire de l’œuvre, sa compréhension globale et son exposition dans un cadre muséal.

Démontage, collage, comblements sans restitution du décor sur une céramique © Patricia Dupont, 2021

MANUFACTURE DE MOUSTIERS, rafraîchissoir.

Bouchage et retouche avec évocation du décor sans restitution complète sur une céramique © Christian Devleeschauwer et Corentin Le Goff 2023.

DE PAEUW (manufacture), plat.

Retouche et comblement illusionniste sur une céramique © Christian Devleeschauwer 2018 et Corentin Le Goff 2023
MANUFACTURE DE MEISSEN, Assiette.

Restitution de morceaux de verres manquants sur un panneau du vitrail avec pose d’un tiffany délimitant le comblement peint et un ton légèrement différent © Benoît et Charlotte Marq © Catherine Arnold et photo après restauration © Corentin le Goff 2023

Jacques Simon Le Champagne-Exportation 2021.3.4.2

Retouche illusionniste sur une peinture sur toile © Christian Devleeschauwer 2010
Ferdinand Gueldry, L’Eclusée-

Choix d’une réintégration « visible » pour la peinture de François Louis Schmied Le Voyage imaginaire – L’arrivée de la caravelle afin de respecter le caractère de cartons de tapisserie de l’œuvre - Retouche par Antonella Trovisi et Constanza Ceradini © Catherine Arnold 2023 ; photo après restauration © Corentin le Goff


Parfois la question de la présentation fait partie intégrante du marché de restauration notamment pour les questions de soclage en sculpture avec la création d’une semelle de stabilité et d’un support de présentation ou de sécurisation.
En arts graphiques, les questions d’encadrement sont primordiales. Les œuvres sont montées sur une feuille ou un carton permettant une manipulation plus aisée et sont généralement mises en passe-partout. Ainsi il faut choisir entre une fenêtre qui laisse apparaître les bords du dessin ou une qui les recouvre, sélectionner le format du montage, resserré, ou, au contraire, laissant respirer l’oeuvre. Se posent également les questions de réaménagement d’un cadre d’origine avec la nécessité ou non d’une rehausse pour que le cadre ne touche pas le dessin ou du réencadrement dans un cadre moderne, de la conservation d’un verre ancien ou de la pose d’un verre anti-UV-anti-reflet, …

Vous l’aurez compris, en restauration, il est également beaucoup question de choix esthétiques !

Support de présentation pour une sculpture réalisé par le socleur Emmanuel Bougenaux © Maxence Julien 2022
Saint Jean, l’évangéliste

Remise à plat d’une œuvre graphique, montage en laissant les bords apparents avec bandes de tension tout autour (restauration Nadège Dauga, 2013), choix d’un cadre en bois d’érable brut, rehausses dans la feuillure du cadre et pose d’un verre anti-UV-anti-Reflet © Fondation Foujita, ADAGP Paris 2023 © Photos Christian Devleeschauwer
Léonard Foujita, Madeleine-.

Pour en savoir plus sur la conservation des œuvres : la conservation préventive et la conservation curative