Le Japon de l’ère Meiji : la fin des samouraïs

Les samouraïs étaient à l’origine les serviteurs de la cour impériale, fonctionnaires chargés de l’administration des domaines provinciaux. Au cours des 10e et 11e siècles, ces notables locaux se sont progressivement militarisés, faisant du métier des armes le caractère distinctif de leur caste. La mise en place de solides liens de vassalité leur assura un pouvoir de type féodal sur les terres et les hommes, et contribua à l’affirmation d’un sentiment de classe nouveau fondé sur un idéal guerrier et hostile à l’aristocratie impériale de Kyōto.

À la faveur de décennies de troubles culminant lors de la guerre de Genpei (1180-1185), deux partis de samouraïs s’affrontèrent et l’empereur ne put que reconnaître le chef du clan vainqueur, Minamoto no Yoritomo, comme le détenteur du pouvoir effectif sur le pays : sa nomination en 1192 comme shōgun marque l’avènement du gouvernement des samouraïs sur le Japon. L’empereur, malgré plusieurs tentatives de restauration et un rôle symbolique important, n’exerça plus la réalité du pouvoir jusqu’en 1868.

À l’issue de l’état de guerres endémique de l’ère Sengoku (1477-1573), la paix progressivement ramenée par les shōguns Tokugawa après 1615 conduisit les samouraïs à se réorienter vers l’administration et les arts, tout en conservant jalousement le monopole des armes et d’une violence légale qui, devenue virtuelle dans une société en paix, constituait néanmoins un marqueur essentiel de statut. La fin du shogunat et la restauration impériale de 1868 entraînèrent une révolution sociale qui mit un terme à la domination de la classe guerrière. Les samouraïs apparurent désormais comme des acteurs arriérés et désuets qu’il convenait de remplacer par une armée moderne. En quelques années, une série de décisions consomma leur disparition, dévalorisant armes et attributs de leur ancien statut social. Paradoxalement, les fonctionnaires éduqués et compétents qu’étaient devenus les samouraïs durant les deux siècles précédents constituèrent un rouage central de l’extraordinaire modernisation du Japon à la fin du 19e siècle.

La dévalorisation des armes et de la culture des samouraïs aux yeux des Japonais affairés à se moderniser fit le bonheur des Occidentaux, pour lesquels il fut aisé d’acheter armes et souvenirs guerriers, du sabre le plus modeste aux œuvres les plus remarquables. Une production spécifiquement destinée à l’export se mit aussi rapidement en place, avec le recyclage d’armes anciennes adaptées au goût des Européens et la production d’armes à caractère purement décoratif.

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