Jean-François Millet / Léon Lhermitte

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, alors que perdure en France la fameuse hiérarchie des genres prônée par l’Académie, des artistes ont osé s’affranchir de cette tutelle en se tournant résolument vers la nature. Parmi les sujets retenus – à dire vrai, pour eux, tout est sujet – la vie paysanne occupe une place de choix. La peinture privilégie les scènes de la vie quotidienne et des travaux des champs. De cette orientation nouvelle, Jean-François Millet et Léon Lhermitte ont été des acteurs beaucoup plus proches qu’il n’y paraît, ne serait-ce que par leur profond attachement à la vie rurale qu’expliquent sans doute leurs origines terriennes. L’installation de Millet à Barbizon a favorisé l’éclosion d’une vocation jamais remise en cause par la suite : traduire sur la toile ou sur le papier les joies et les peines de ceux dont il partage plus ou moins la vie. Lhermitte pour sa part a trouvé dans la campagne entourant Mont-Saint-Père une source inépuisable de motifs.



Des deux, Millet est assurément le plus célèbre. Lhermitte a certes été célébré de son vivant grâce à sa Paye des Moissonneurs, et bénéficié d’une carrière « internationale et » « officielle », mais son nom a quelque peu été oublié. Et Millet, le « Michel Ange des paysans », révolté par la souffrance et l’injustice, a finalement été consacré comme celui qui a donné au naturalisme paysan ses lettres de noblesse. Assurément, l’engagement de Lhermitte n’a pas été aussi profond, mais son œuvre graphique atteste la démarche d’un artiste soucieux d’observer la réalité sinon avec recueillement, du moins avec une simplicité manifeste. Lhermitte transcrit ce qu’il voit, sans recherche de style ni sentimentalisme. Maîtrisant comme Millet toutes les subtilités du fusain et du pastel, il conçoit souvent ses compositions avec un souci de « mise en scène », réorganisant comme Millet les éléments captés sur le motif.



Millet a souhaité que les êtres qu’il représentait « aient l’air voués à leur position et qu’il soit impossible d’imaginer qu’il leur puisse venir à l’idée d’être autre chose. », Lhermitte, pour sa part, a voulu témoigner du paysan « dans son absolue sincérité » et conserver pour les générations futures le souvenir d’une nature appelée peut-être à disparaître.

Voir les œuvres de Jean-François Millet et de Léon Lhermitte conservées au musée des Beaux-Arts.