LE CHANTIER DES COLLECTIONS DES MUSÉES D’HISTOIRE
Qu’est-ce qu’un chantier des collections ?
Un chantier des collections est un ensemble d’opérations de grande ampleur qui permet d’étudier et de traiter des œuvres en masse, sur la totalité des fonds conservés par une institution ou sur des corpus plus limités. Une chaîne de traitement des œuvres est alors mise en place avec une série d’actions à mettre en œuvre systématiquement suivant une logistique précise. Ces actions sur les collections sont définies selon les besoins et les objectifs du chantier des collections. Chaque étape de la chaîne est soumise à des procédures et des protocoles spécifiques et propres à chaque typologie d’objet.
Ce chantier peut être réalisé en interne par les équipes du musée, ou bien être confié à des prestataires spécialisés, recrutés à cet effet. Il constitue un moment important dans la gestion des collections et est souvent l’occasion de les (re)découvrir, d’enrichir leur documentation, d’améliorer leurs conditions de conservation, mais aussi d’établir un bilan sanitaire et d’identifier les œuvres qui nécessitent une intervention en conservation curative ou en restauration. Il s’agit souvent d’un travail de l’ombre long et fastidieux mais très enrichissant et essentiel pour mieux connaître les collections et mieux les conserver.
Chaque objet ou lot d’objets étant passé en revue, le chantier des collections peut également être couplé aux opérations de récolement. Celles-ci visent en effet à vérifier la présence des collections, leur localisation, leur état de conservation, leur marquage et leur conformité à l’inventaire et aux sources documentaires.
Le chantier des collections des musée d’histoire de Reims
L’objectif est de récoler, informatiser, reconditionner et transférer les collections actuellement conservées dans les réserves du musée Saint-Remi, vers le Centre de conservation des musée de Reims. Elles comptent plus de 46 600 objets ou lots d’objets estimés, appartenant aux collections du musée Saint-Remi, du musée du Fort de la Pompelle et du musée de la Reddition. De nombreuses typologies sont ainsi traitées, de l’archéologie au militaria, en passant par les arts graphiques, la peinture, le mobilier, le lapidaire, les arts et traditions populaires, ou encore le textile.
Pour ce chantier, les musées d’histoire ont fait appel à des entreprises spécialisées en conservation préventive, en documentation et gestion des collections patrimoniales et en transport d’œuvres, ainsi qu’à des conservateurs-restaurateurs et un photographe professionnel.
De même, les agents qui traitent les objets bénéficient de l’aide de spécialistes extérieurs pour l’identification et la datation de certains corpus, comme un céramologue et plusieurs collègues du Service archéologie du Grand Reims (lithicien, archéozoologue, anthropologue).
Au fil du projet et de l’informatisation progressive des collections, les notices réalisées sont versées sur le musée numérique des musées de Reims afin depermettre au public de les consulter. Les photos de qualité éditoriale réalisées à cette occasion sont en téléchargement gratuit libre de droits.
Le chantier des collections à la loupe
Plus concrètement, comment se déroule un chantier des collections ?
Après avoir été prélevé de son lieu de stockage, chaque objet suit un chemin déterminé en amont du chantier. Celui-ci peut compter plus ou moins d’étapes, en fonction des objectifs fixés ; de même, l’ordre de traitement des collections peut varier.
Dans le cas des musées d’histoire, les fonds sont traités par topographie des réserves, qui sont réparties dans plusieurs espaces de l’ancienne abbaye Saint-Remi, puis par typologie d’objets. La chaîne opératoire établie est assez complète.
- 1. Le dépoussiérage : il est réalisé à l’aide de pinceaux et d’un aspirateur de conservation
- 2. L’informatisation et le récolement : une notice est créée (ou complétée lorsqu’elle est déjà existante) dans la base de données des collections des musées de Reims ; elle constitue une sorte de carte d’identité de l’objet répertoriant les différentes informations qui le concernent (numéro d’inventaire, datation, auteur, dimensions, provenance, etc.).
- 3. Le constat d’état : il recense et décrit les altérations, déformations, dégradations subies par l’objet, qu’elles soient stables ou actives. Des prises de vues documentaires sont alors réalisées, permettant de documenter l’état de l’objet et ses caractéristiques (étiquettes, anciens numéros, inscriptions, etc.).
- 4. Le marquage : il s’agit ici d’associer l’objet à son numéro d’inventaire, de façon directe ou indirecte. Dans le premier cas, le numéro est inscrit sur une couche de vernis réversible préalablement appliquée sur l’objet. Dans le second cas, le numéro est inscrit sur un support associé à l’objet (une étiquette à fil, le bac de conditionnement, etc.).
Les musées de Reims utilisent par ailleurs un système de code-barres apposés sur chaque œuvre ou sur son conditionnement : ils sont bipés à l’aide de douchettes lorsque les objets sont déplacés et permettent ainsi d’assurer la traçabilité des collections via la base de données des musées.
- 5. Les photographies de qualité éditoriale : des prises de vues en haute définition sont réalisées par un photographe professionnel avec un matériel de qualité.
- 6. Le reconditionnement : les œuvres sont pour la plupart stockées dans des conditionnements qui peuvent parfois nuire à leur état. Les petits objets sont donc reconditionnés dans des unités plus adaptées à leur bonne conservation et utilisant des matériaux plus neutres et stables dans le temps : bacs, boîtes, pochettes, sachets Minigrip®, etc. Ces unités sont destinées à être pérennes, c’est-à-dire qu’elles sont conservées à l’issue du redéploiement des collections dans le Centre de conservation.
- 7. L’emballage avant transport : les nouveaux contenants des objets sont ensuite eux-mêmes conditionnés et calés pour éviter les chocs et les vibrations. Quant aux objets les plus volumineux, ils sont emballés avec du matériel adapté à leur typologie afin de ne pas subir de dommages lors de leur transport : tamponnages avec du tyvek® (matériau non tissé en fibre de polyéthylène) et du papier kraft avec un film bulle, caisses et autres bâtis sont utilisés pour les sécuriser.
- 8. Le transport : il est réalisé en plusieurs phases, dans des camions adaptés et de différents volumes. Des listes de colisage sont établies au départ du musée ; elles permettent de pointer les œuvres lors de leur arrivée au Centre de conservation.
- 9. Le redéploiement : les objets sont répartis dans les différents espaces de réserve, en fonction de leur typologie et de leur(s) matériau(x). Cette opération suit un adressage établi en amont, c’est-à-dire un plan de rangement des œuvres dans les éléments de mobilier adaptés au stockage des collections (grilles, rayonnages, racks, meubles à plans, etc.).
Toutes les œuvres qui sont constituées de matériaux organiques passent par une étape d’anoxie avant d’intégrer les réserves du Centre de conservation : il s’agit d’un traitement de désinsectisation. On les place dans une enceinte fermée hermétiquement dans laquelle on remplace l’oxygène par de l’azote gazeux inerte. Cela permet de s’assurer qu’aucune œuvre infestée par des insectes n’entre dans les réserves et qu’il n’y ait aucun risque de contamination du reste des collections.
De même, lorsqu’une œuvre présente des moisissures ou de trop grandes fragilités pour être transportée en l’état, elle est mise de côté afin de passer entre les mains expertes d’un restaurateur ; le but est de la consolider et de la stabiliser, et ainsi de prévenir et d’éviter toute dégradation lors de son transfert. Elle réintègre ensuite la chaîne opératoire.