La conservation des restes humains dans les collections patrimoniales
Au printemps 2026, le musée Saint-Remi a accueilli Alice-Gwenaëlle Valenta, étudiante en Master « Patrimoine et Musées » au Pôle universitaire Pierre-Jakez Hélias - UBO Quimper, pour un stage de trois mois. Les missions qui lui ont été confiées ont principalement consisté à étudier, classer, dépoussiérer et reconditionner les restes humains conservés dans les réserves du musée.
Ce fonds est constitué de plus de 1 800 ossements datés du néolithique à la période médiévale ; près d’un quart n’est à ce jour pas daté, faute d’informations précises sur le contexte de découverte. Ils ont été trouvés pour la plupart lors de fouilles réalisées dans la Marne au cours du 20e siècle, et sont issus d’inhumations pour la grande majorité, mais également de quelques incinérations.
Alice a bénéficié de l’aide de Denis Bouquin, anthropologue au Service archéologie du Grand Reims, et ensemble, ils ont passé en revue tous les os. L’objectif a été à la fois de les identifier, de déterminer parfois le sexe et l’âge des individus, voire de repérer des pathologies, mais aussi de les classer et de rendre leur intégrité à certains défunts en réunissant les os d’un même individu lorsque cela a été possible.
En effet, certains ensembles d’os étaient jusqu’alors stockés en vrac dans des cartons et des sacs plastique, peu adaptés à leur bonne conservation et peu respectueux de la dignité des individus. Pour les squelettes presque complets, une fiche a été réalisée afin de recenser les os qui en sont conservés.
Seules des analyses ADN permettraient de recomposer l’individualité de certains ensembles et de les dater.
Denis Bouquin a notamment repéré quelques lésions qui attestent de blessures ou de l’état de santé de l’individu. Un crâne daté du 5e ou 4e siècle av J.-C. présente une blessure pouvant correspondre à un coup d’épée ou d’arme blanche. Le squelette d’un homme adulte, non-daté, montre plusieurs lésions : une fracture au niveau du pubis, une fracture de phalanges sur la main droite, et une fracture de Poutteau-Colles sur le radius gauche. Cette dernière se produit habituellement lors d’une chute sur la main, bras tendu. De même, le squelette d’un homme âgé de plus de 40 ans, daté de la période mérovingienne, présente des signes d’arthrose, des lésions enthésopathiques sur un avant-bras (qui apparaissent à la suite d’une surutilisation des muscles ou tendons, et/ou de chocs ou micro-chocs répétés), ainsi qu’un écrasement au niveau de l’os du tarse qui forme le talon. Autant d’indices qui permettent d’en apprendre davantage sur la vie de ces individus.
Après cette opération, Alice a patiemment dépoussiéré l’ensemble des os, avant de les reconditionner avec le respect qui leur est dû. Les os de chaque défunt identifié ont été soigneusement conditionnés ensemble dans des Minigrip® et dans des bacs, calés à l’aide de mousse. Pour les ensembles indifférenciés, les ossements ont été triés et conditionnés avec le même protocole, mais par type d’os et en fonction de leur appartenance à la partie supérieure ou inférieure du corps humain. Quant aux crânes, ils ont été remis dans des boîtes de conservation adaptées.
Si ces ossements ont fait l’objet d’autant de soins, c’est parce qu’ils ont un statut très particulier. Dans le domaine muséal, ils ont longtemps été assimilés à de simples objets. Plus largement, le statut juridique des restes humains en France est à la charnière de plusieurs textes législatifs et
réglementaires français (Code Civil, Code général de la propriété des personnes publiques, Code du patrimoine, etc), mais aussi de conventions, de chartes, de recommandations et déclarations déontologiques internationales (conventions Unesco, déclarations de l’ONU, Code de déontologie de l’ICOM, etc). Ils bénéficient depuis quelques années d’une approche éthique et déontologique renouvelée et sont aujourd’hui considérés comme des biens patrimoniaux à part, dont la singularité impose le respect d’un principe de dignité.
L’étude et les conditionnements réalisés par Alice permettent ainsi de prendre soin de ces vestiges anthropo-biologiques, qui sont arrivés il y a longtemps dans les collections des Musées de Reims. L’objectif est de trouver un équilibre entre le devoir de science (comprendre l’histoire, les maladies, les modes de vie) et le devoir de mémoire et d’humanité (respecter la dignité des personnes décédées et l’histoire de leur collecte).
Le corpus a ensuite été informatisé et récolé dans le cadre du chantier des collections mené au musée Saint-Remi, avant d’être transféré vers le Centre de conservation des Musées de Reims où ils bénéficient de conditions de conservation optimales.
Pour en savoir plus sur la conservation des restes humains en collection patrimoniale :
https://books.openedition.org/pup/67196